Extraits d’interventions de la journée du 18 octobre 2011
Nous additionnons aujourd’hui les crises à un rythme incroyable : crise économique, crise financière, mais aussi crise alimentaire, crise sociale, crise environnementale. Nous vivons pourtant dans un monde où il se produit de la richesse plus que jamais auparavant. Mais nous avons trois problèmes fondamentaux : nous ne savons pas la produire avec le respect des personnes ; dans l’économie financiarisée, le producteur, qui est le créateur de la richesse, ne vaut plus beaucoup sur le parquet des bourses, qui gèrent de plus en plus nos vies. Nous ne savons pas la produire en respectant la planète : l’empreinte écologique de la production actuelle, centrée sur la surmatérialisation de la vie, est insupportable. Et cette richesse, nous ne savons pas la distribuer. Pour la première fois de son histoire, l’humanité compte aujourd’hui plus d’un milliard de personnes qui ont faim. Et, fait troublant, de ce milliard de personnes, plus de 70% proviennent des gens qui travaillent la terre.
Clément Guimond,
Entrepreneur collectif actif en économie solidaire,
avec une implication particulière en environnement
(Équiterre, One Drop, Sedna IV…)
***
Dans nos pays, on parle facilement de la pauvreté, de la précarité, mais on ne veut pas parler de la richesse. Parce que la richesse existe, et si la richesse existe, c’est qu’il y a des riches. Alors nous nous demandons, nous des pays africains, comment résoudre ce problème de pays riches où des hommes et des femmes meurent de faim. Je crois que nous commençons à comprendre : il faut changer les cultures, culture de l’administration, culture de la société civile, où on a coutume de s’opposer à tout ce qui vient des pouvoirs publics. Pour parler de mon pays, le Maroc, nous sommes ici, société civile et pouvoir public, ensemble et nous avons convenu, toujours, de nous concerter.
Ahmed Aït Haddout
Réseau africain de l’économie sociale et solidaire
Réseau marocain de l’économie sociale et solidaire
***
Comment concevoir un État fort, qui planifie, qui entretient des liens avec la société civile et les gouvernements locaux ? C’est simple : en se mobilisant, en votant pour un gouvernement qui le fera. Est-ce possible ? Oui, et c’est pourquoi nous sommes ici. En Équateur, l’économie sociale est maintenant reconnue comme le pilier de notre économie. Ce n’est que justice, car c’est l’économie sociale et solidaire, pas les riches, qui a permis à notre pays de passer à travers les crises.
Ximena Ponce Leon,
Ministre de l’inclusion sociale et solidaire, Équateur
***
Il n’y a pas que le déficit financier qui devrait nous préoccuper, mais aussi le déficit environnemental. L’économie sociale et solidaire travaille à ces deux niveaux et nous devons le faire savoir, parler de nos bons coups, les faire connaître et passer à l’action. Nous devons bien formuler nos messages, conçus collectivement. Agissons ensemble, regroupons nos informations et nos connaissances, donnons-nous les mêmes objectifs.
Rocio Nogales-Muriel,
Réseau européen de recherche EMES, Espagne
***
Le capital n’est plus au service de l’humanité. Son seul objectif est maintenant de produire plus de capital encore et non de répondre aux besoins par la production de biens et de services. C’est le point principal de la crise actuelle. L’économie sociale combat cette tendance en réunifiant les moyens de production et le travail.
Paul Singer
Secrétaire d’État à l’économie solidaire, Brésil
***
La transformation sociale est beaucoup plus complexe que la seule prise du pouvoir.
Paul Singer
Secrétaire d’État à l’économie solidaire, Brésil
***
Le changement est difficile. Dans les années 1980, la culture de la pomme de terre était en péril dans l’état du Maine et les producteurs perdaient de l’argent. Les patates de l’est du Canada étaient meilleures, accaparaient le marché et, de plus, les gens en mangeaient moins. Les chercheurs avaient par ailleurs trouvé que le sol était excellent pour la culture du brocoli, un légume dont le marché était en pleine croissance. Fort de cette information, un chercheur avait demandé à un producteur de pommes de terre ce qu’il ferait s’il gagnait un million de dollars : « Je continuerais à faire pousser des pommes de terre jusqu’à ce que je n’aie plus d’argent », avait-il répondu. La question était pertinente, la réponse du producteur démontrait que le changement est toujours difficile.
Elle est pertinente aussi pour l’avenir de l’économie sociale : « Allons-nous faire pousser des patates ou du brocoli ? »
Michael Swack
Fondateur et directeur, Financial Innovations Roundtable, Etats-Unis d’Amérique
***
Il est illogique que les familles qui cultivent les légumes et élèvent le bétail aillent se coucher le ventre creux alors que d’autres s’enrichissent avec leurs produits. L’alimentation est un droit, une nécessité vitale, non une commodité pour le commerce international.
Joan Brady
National Farmers Union, Canada
![]() |

















